Ballroom Online

Le nid de cendres

Simon Falguières

fleuve

Le spectacle est proposé en intégrale de 13h et en version courte de 3h30. C’est la version courte que nous sommes allés voir. Non pas parce que nous y allions à reculons, bien au contraire, mais pour des raisons de planning. C’est un spectacle de troupe, ça se sent, tant ils prennent du plaisir et sont complices sur scène. C’est un spectacle comme une déclaration d’amour au théâtre, non seulement par le propos mais aussi par tous les artifices dont la mise en scène fait preuve, des artifices qui se montrent, se signalent comme tels et qui n’enlèvent rien à la magie de ce que nous voyons. C’est un spectacle épopée, fleuve qui se tisse et se déploie comme La servante d’Olivier Py avait pu le faire ou encore avec la même énergie des spectacles d’Ariane Mnouchkine, citée ici jusque dans la mise en scène avec l’utilisation de ficelles rouges pour signifier le sang qui coule. Même si l’écriture de Simon Falguières n’est pas à proprement parlé littéraire ni même poétique, elle donne à entendre de belles phrases, de jolies morceaux de bravoures, surtout des images non seulement plaisantes mais fines. Une écriture sur mesure pour des comédiens. Et puis c’est une histoire assez séduisante, deux mondes séparés qui essaient de se retrouver pour se sauver l’un l’autre, l’un technocratique en proie à une révolution, l’autre qui serait celui des fables et des contes tournant au cauchemar. Comme les deux versants essentiels de l’âme humaine après tout, : la raison un peu sèche et cruelle d’un côté et de l’autre l’imagination à la fois féconde et absurde. Et entre les deux le théâtre, une troupe itinérante (un brin macroniste si l’on était méchant) qui ne parle que de travailler comme pour justifier son nomadisme, son oisiveté. Et tout cela serait le terreau de toutes les histoires, et toutes les histoires, c’est nous. Ça semble assez juste. Ça tient la route. Bravo. Pourtant il y a comme une petite frustration. D’abord ce double format, qui semble avouer qu’il y aurait dans les 13 heures de l’inutile, ou qui indique une soumission un peu triste aux lois du marché. Puis le surjeu des comédiens, même s’il participe de ce signalement des artifices que nous avons trouvé judicieux et qui est très souvent jouissif vire parfois au cabotinage et chacun a droit à son quart d’heure de célébrité. Oui l’histoire se tient mais au final ne va nulle part. Nous entendons bien qu’il s’agit ici de célébrer le partage, partage d’un bon moment vécu ensemble. Mais ce temps semble vide, creux, juste distrayant, à la limite esthétique visuellement, un divertissement au sens pascalien du terme où il nous détourne des sujets qui comptent. Et cela sonne un peu comme cette revendication de mai 68 à vouloir obtenir la parole, certes, mais sans s’inquiéter d’avoir quelque chose à dire. Peut-être parce qu’il s’agit là d’une oeuvre de jeunesse et en ce sens, cela reste extrêmement prometteur.

Thomas Adam-Garnung

vu à :
Amandiers, Nanterre
photographie :
Simon Gosselin