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Incandescence

Ahmed Madani

Mais quelle bonne surprise !

Sur le papier, tout me semblait problématique. La énième pièce sur les banlieues, pour les banlieues avec son lot de complaisance : le dossier du spectacle annonce que son but est de faire entendre la voix d’une jeunesse jamais écoutée, d’amener sur scène d’autres corps, d’autres visages. Combien de spectacles ont eu la même ambition, avec il faut le dire assez peu d’intelligence ou de finesse. Comme si finalement il s’agissait d’une niche commerciale à combler, de phénomènes de foire qu’il faudrait exhiber, détournant de fait la bonne intention de départ.

Mais Madani est un génie. Un génie infiniment généreux. Il fait surgir tous les écueils et les dépassent, les surmontent.

Le casting bleu blanc beur est une tarte à la crème jusqu’à ce qu’on comprenne que tout n’est pas si simple, certains racisés sont plus blancs que les blancs.

Le fait de parler de soi dans toute sa banalité est le propre du mauvais rap, mais ici, les histoires, les vies racontées nous prennent aux tripes, on est très loin du cliché. Il y a une véritable urgence à exposer ces histoires.

Et la langue, là encore, on sort tirés par le haut. On nous promet une langue brute, mais pas du tout, il s’agit d’un véritable texte de théâtre, littéraire, poétique, tout à fait accessible certes, mais aucunement médiocre.

Ce spectacle ne nous prend jamais pour des idiots et ça fait un bien fou. Alors il y a parfois un peu trop de confusion entre sentiment amoureux et acte sexuel, mais j’ai l’impression que c’était justement pour dénoncer cette confusion trop souvent présente dans notre monde.

Le spectacle semble faire l’impasse sur les sexualités alternatives, ou sur le genre. Mais Madani, vraiment quel génie, au dernier moment ouvre son propos et fait place à toutes les différences.

La mise en scène n’est pas folle, une question de placements souvent, mais une direction d’acteurs comme j’en ai rarement vue. Et ils sont tous d’une incroyable justesse. On rit, on pleure, on en sort intelligents, ouverts, que demander de plus ?

Thomas Adam-Garnung

vu à :
théâtre Paris - Villette
photographie :
François-Louis Athénas